Mai 2026 · Méthode pas à pas

Migrer ses schémas électriques vers AutoCAD : méthode pas à pas

Consolider l'outillage CAO d'un bureau d'études autour d'AutoCAD est un projet structurant. Bien mené, il fait gagner des semaines d'étude par an, supprime les doubles saisies entre architecte et électricien, et fiabilise les livrables DWG remis aux maîtres d'ouvrage. Voici une méthode reproductible pour passer d'un fonds de schémas hétérogènes à un standard AutoCAD propre, sans casser la production.

Pourquoi migrer vers AutoCAD ?

La majorité des bureaux d'études en Suisse (Valais, Vaud, Genève, Fribourg, Neuchâtel, Jura) travaillent déjà sous AutoCAD pour le bâtiment, l'architecture et le génie civil. Garder un outil dédié distinct pour les schémas électriques crée trois frictions concrètes :

  • Doubles formats de livraison : DWG pour les corps d'état, format propriétaire pour le schéma électrique. Les coordinations BIM 2D ratent leur cible.
  • Coût de licence dédoublé : une licence dessin général + une licence schéma électrique par poste, alors qu'AutoCAD couvre déjà 80 % des besoins.
  • Cloisonnement des compétences : seul un sous-ensemble du bureau maîtrise le logiciel de schéma électrique. Quand cette personne est en vacances, le projet attend.

L'objectif d'une migration vers AutoCAD n'est pas de tout refaire à zéro. C'est de capitaliser sur le DWG comme format pivot, et d'ajouter par-dessus une couche métier électricité avec un plugin comme ElectroSchema ou ElectroCAD Tools. Le bureau garde son socle AutoCAD, gagne le métier électricité, et reste interopérable avec ses partenaires.

Trois grandes voies de migration

Avant de planifier la migration, il faut décider quelle voie suivre pour chaque type de document. Les trois options ne s'excluent pas — un bureau réaliste les combine.

VoieCas d'usageEffortQualité résultat
Export DWG natifOutil source dispose d'un export DWG propreFaibleBonne (géométrie OK, attributs souvent perdus)
Import PDF vectorielPas d'export DWG, mais PDF vectoriel disponibleMoyenMoyenne (lignes converties, pas de blocs)
Reconstruction structuréeSchémas critiques, à fort taux de réutilisationÉlevéExcellente (blocs + attributs + cohérence)

La règle pratique : archiver en lecture seule via PDF + DWG « image » tout ce qui ne sera plus jamais modifié, et reconstruire uniquement les schémas types qui servent de matrice à de futurs projets. Un bureau de huit ingénieurs en Valais qui a digitalisé son fonds en 2025 avait initialement 1240 schémas dans son archive. Après tri, seuls 87 schémas ont été reconstruits — les autres sont restés en archive PDF consultable, sans toucher au reste.

Étape 1 — Audit de l'existant

Avant toute action sur les fichiers, l'audit répond à quatre questions :

  1. Volume réel : combien de fichiers, combien de pages cumulées, quels formats (extensions natives de l'ancienne plateforme + DWG legacy + PDF) ?
  2. Taux de réutilisation : sur les 12 derniers mois, quels schémas ont été ouverts ? La règle empirique : 80 % des schémas archivés ne sont jamais ré-ouverts. Inutile de les migrer.
  3. Criticité métier : quels schémas servent de matrice (template) pour de futurs projets ? Eux doivent être reconstruits proprement.
  4. Compétences disponibles : qui maîtrise l'outil de schéma actuel et restera disponible pendant la transition ? Une fenêtre typique de migration dure huit à quatorze semaines.

L'audit produit deux livrables concrets : une liste « à reconstruire » (typiquement 5 à 15 % du fonds) et une liste « à archiver » (le reste). Chaque ligne porte un identifiant projet, un client, une criticité (1-3) et un volume estimé en pages.

Étape 2 — Cartographie des blocs et calques

C'est l'étape la plus structurante. Le logiciel de schéma actuel utilise sa propre bibliothèque de blocs (souvent propriétaire, parfois protégée). AutoCAD + ElectroCAD fonctionne avec :

  • Une bibliothèque de blocs métier (ElectroBlocs) conforme IEC 60617 avec préfixe EB_.
  • Une nomenclature de calques métier EB_* (par exemple EB_lumiere-appareils, EB_force-cables, EB_signaux-mesures).
  • Une convention de repérage EN 81346 appliquée à chaque bloc avec attributs structurés.

La cartographie consiste à dresser un tableau de correspondance entre les blocs source et les blocs cibles. Exemple sur un fonds de 340 blocs uniques identifiés à l'audit :

FamilleBlocs sourceBlocs cibles ElectroBlocsAction
Disjoncteurs42 variantes (calibres, types)EB_DISJ_* (12 blocs)Mapping 1→N par attribut calibre
Prises28 variantes (T13, T15, T23)EB_PRISE_* (8 blocs)Mapping direct
Luminaires~90 variantesEB_LUM_* (35 blocs paramétriques)Mapping + attributs dynamiques
Bornes14 variantesEB_BORNE_IEC* (5 blocs)Voir guide bornier
Symboles divers~166 variantesVoir bibliothèque complèteCas par cas

Le mapping 1 vers N par attribut (un bloc cible paramétré couvre plusieurs blocs source distincts) est la stratégie la plus payante. Elle réduit la bibliothèque interne, simplifie la maintenance et fait gagner du temps sur les futurs projets. L'utilitaire EBFIND permet ensuite à n'importe quel collaborateur de retrouver un bloc par mot-clé sans connaître la nomenclature interne.

Étape 3 — Conversion progressive

La règle d'or : jamais de big-bang. Une migration brutale d'un fonds entier dans la même semaine génère plus de bugs qu'elle n'en résout. Procédez par vagues :

  1. Vague pilote (semaines 1-2) : un projet réel en cours, suffisamment petit pour rester maîtrisable (< 10 pages). Toute l'équipe regarde, prend des notes, identifie les frictions. C'est le moment de figer la convention de calques et la bibliothèque de blocs cible.
  2. Vague templates (semaines 3-6) : reconstruction des schémas types qui servent de matrice. À ce stade, vous bâtissez votre propre standard interne, déclinable sur tous les projets futurs. Compter en moyenne deux à quatre heures par page de schéma type, selon la densité.
  3. Vague production (semaines 7-12) : tous les nouveaux projets démarrent en AutoCAD + ElectroCAD. L'ancien outil n'est plus utilisé que pour ouvrir des projets en cours qui ne valent pas la conversion.
  4. Vague archive (semaines 13-14) : export DWG/PDF de tout ce qui reste sur l'ancienne plateforme, dépose dans un dossier __archive avec un index Excel. La licence de l'ancien outil peut être ramenée à un seul poste « consultation » ou résiliée selon le contrat.

Sur la durée typique de quatorze semaines, un bureau de huit personnes facture la migration entre 20 et 40 jours-homme cumulés (selon la voie choisie pour chaque projet). C'est un projet à part entière, à inscrire au planning, pas une tâche cachée entre deux études.

Étape 4 — Pièges classiques à anticiper

Voici les erreurs réellement rencontrées chez des bureaux d'études suisses ayant fait la migration. Chacune a un impact mesurable sur le planning si elle n'est pas anticipée :

  • Blocs dynamiques perdus : l'export DWG d'un outil dédié dégrade souvent les blocs paramétriques en blocs statiques. Les attributs dynamiques (taille variable, visibilité conditionnelle) sont écrasés. Solution : reconstruire les blocs dynamiques avec ElectroBlocs côté cible, et utiliser l'attribut « bloc source » comme clé de mapping.
  • Attributs écrasés : les noms d'attributs ne sont pas toujours conservés à l'export. Un attribut REPERE côté source peut devenir TAG côté DWG, ou pire, disparaître dans un texte libre. La pré-vérification sur trois schémas représentatifs évite la mauvaise surprise.
  • Doublons de repères inter-pages : deux disjoncteurs -Q1 sur deux pages distinctes du même schéma. Invisible à l'œil, fatal à la nomenclature. EC_RENUM détecte et corrige automatiquement, mais il faut le lancer après chaque vague de conversion.
  • Calques source non normalisés : noms de calques en CamelCase, accents, espaces, couleurs aléatoires. La cartographie vers EB_* doit prévoir un script de remappage (ElectroCAD propose EC_LAYERS_REMAP).
  • Unités de dessin différentes : INSUNITS = 4 (millimètres) côté ElectroCAD, mais parfois 0 (sans unité) côté source. L'insertion d'un bloc à l'échelle 1:1 donne alors un objet 1000 fois trop grand. À corriger avant la première insertion.
  • Polices manquantes : les schémas source utilisent des polices SHX propriétaires. AutoCAD affiche « ? » ou des cases vides. Solution : substituer par une police standard (ISOCPEUR, Arial Narrow) via remapping global.

Étape 5 — Validation finale

Avant de clôturer la migration, trois validations sont nécessaires :

  1. Validation visuelle : ouverture côte à côte, sur deux écrans, de la version source et de la version reconstruite. Comparer la mise en page, les repères, les annotations. Cette validation prend environ vingt minutes par page de schéma type.
  2. Validation par les nomenclatures : exécution de EC_BOM (nomenclature de matériel) côté cible, comparaison avec la nomenclature source. Les écarts révèlent les blocs mal mappés ou les attributs perdus.
  3. Validation normative : passage sur trois pages représentatives pour vérifier la conformité SIA 451 (nomenclature des calques échangeables) et la cohérence des repères selon la IEC 60617 et EN 81346. Pour les projets de planification de sécurité, contrôle de l'export IfA18 (.crbx) sur un projet de référence.

La validation produit un rapport signé par le chef de projet et le responsable méthode. Sans ce rapport, la migration n'est pas terminée — quel que soit l'avancement réel du fonds documentaire.

Coût et retour sur investissement réalistes

Sur la base de retours bureau d'études suisses (taille 5 à 15 personnes), le coût de migration se décompose ainsi :

  • 20 à 40 jours-homme de migration sur 14 semaines (selon volume et voie choisie).
  • 2 à 4 jours de formation par utilisateur (AutoCAD + ElectroCAD), souvent étalés.
  • Coût licence ElectroCAD : essai 30 jours gratuit puis abonnement annuel par poste.
  • Économie licence ancienne plateforme : variable, souvent 1500 à 5000 CHF/poste/an.

Le retour sur investissement se mesure en deux à six mois après la fin de la migration, selon la part de schémas électriques dans l'activité. Au-delà du gain monétaire direct, c'est le décloisonnement des compétences (toute l'équipe AutoCAD peut intervenir sur un schéma) qui pèse le plus dans la décision finale.

FAQ — migration vers AutoCAD

Combien de temps prend une migration complète d'un bureau d'études moyen ?

Compter de huit à quatorze semaines pour un bureau de cinq à dix personnes. La phase pilote (deux semaines) et la phase templates (trois à quatre semaines) sont les plus intenses. La phase production se chevauche avec l'activité courante, donc s'étale sur plus longtemps sans bloquer le bureau.

Faut-il convertir tout le fonds documentaire d'un coup ?

Non, et c'est un piège. Convertir seulement ce qui sert : les schémas types qui servent de matrice, et les projets en cours d'étude. Le reste (typiquement 80 % du fonds) reste en archive consultable au format PDF + DWG « image », sans reconstruction structurée. Cette stratégie réduit l'effort de migration de moitié sans dégrader la valeur livrée.

Comment garantir la cohérence des repères entre l'ancien et le nouveau standard ?

Lors de la cartographie, chaque bloc cible reçoit un attribut SOURCE_REF qui pointe vers son bloc d'origine. Ce double repérage est conservé pendant douze à dix-huit mois (le temps que les projets en cours soient finalisés), puis supprimé. EC_RENUM et EBFIND permettent de naviguer entre les deux nomenclatures sans rupture pour les utilisateurs habitués.

Que faire des projets en cours d'étude au moment de la migration ?

Trois options selon l'avancement : (a) terminer dans l'outil source si le projet est à plus de 80 % d'avancement, (b) convertir vers AutoCAD si à moins de 30 %, (c) cas par cas entre les deux selon le client et l'enjeu. Une matrice de décision écrite (avancement × criticité × préférence client) évite les arbitrages au cas par cas qui alourdissent la migration.

Est-il possible de garder le format source comme « source de vérité » et d'exporter en DWG à la livraison ?

Techniquement oui, mais c'est rarement une bonne idée. Maintenir deux formats parallèles double l'effort de mise à jour et multiplie les sources d'erreur (modification dans le source non reportée dans le DWG, ou inversement). Le pivot DWG fonctionne s'il est la source de vérité. Les exports vers d'autres formats (PDF, Excel pour les nomenclatures, IfA18 pour la planification de sécurité) sont des dérivés calculés à la demande.

Conclusion

Migrer ses schémas électriques vers AutoCAD est un projet structurant, mais reproductible. La clé est l'audit en amont (qui filtre 80 % du fonds inutile à reconstruire), la cartographie blocs/calques (qui transforme le chaos en standard), et la conversion progressive en vagues maîtrisées. Avec un plugin métier comme ElectroCAD par-dessus AutoCAD, le bureau d'études récupère sur DWG la couche schéma électrique qu'il maîtrisait sur son ancienne plateforme — sans renoncer à l'interopérabilité avec ses partenaires architecte, génie civil ou planification de sécurité.


Discuter de votre migration concrète

Le support ElectroCAD répond en français sous 24 h pour cadrer une migration adaptée à votre fonds documentaire.

Demander un avis Tester ElectroCAD 30 jours